Sainte Jeanne d’Arc ou la passion de la France éternelle

Dès le début du XIX° Siècle certains partisans de la monarchie voient en Jeanne d’Arc celle qui, mandée par Dieu, fait sacrer le roi légitime. Ainsi l’historien Philippe-Alexandre Le Brun de Charmettes, dès 1817 dans son Histoire de Jeanne d’Arc, lie le personnage aux fleurs de lys et en fait un symbole de l’alliance du trône et de l’autel . De plus face à la figure d’une Jeanne d’Arc « de gauche » telle que la concevait Jules Michelet, s’opposent des prélats français de l’Église catholique qui entreprennent dès 1869 une démarche destinée à obtenir la canonisation de Jeanne. Cette volonté, perçue par la gauche comme un « accaparement » ou une « récupération », provoque à partir du début du XX° Siècle un certain rejet du personnage. Ainsi le journal de gauche L’Action déclare-t-il le 14 avril 1904 :

« Jeanne d’Arc, même brûlée par les prêtres, ne mérite pas nos sympathies ».

L’agitateur anticlérical Laurent Tailhade écrit le 26 avril de la même année :

« Que le 8 mai prochain la France libre-penseuse proteste par une tempête de sifflets, par une trombe de huées contre le culte rendu à une idiote qui causa notre malheur ».

Cette distanciation explique en partie pourquoi Jeanne va facilement devenir une figure emblématique de la droite nationale.

Certes d’autres voix à gauche gardent une sympathie pour le personnage [ Jean Jaurès par exemple ] mais l’affaire Thalamas, du nom de ce professeur qui en 1904 est muté du lycée Condorcet, suite à des plaintes de parents pour avoir tenu des propos critiques sur Jeanne d’Arc, va exacerber les tensions entre deux factions idéologiques qui s’opposent : laïque et nationaliste. La presse nationaliste en effet, menée par Henri Rochefort et Édouard Drumont, stigmatise l’enseignant et les ennemis de la France « de Cauchon à Thalamas ». Le  poète nationaliste Paul Déroulède en exil à Saint-Sébastien provoque Jean Jaurès en duel. Celui-là, pourtant peu hostile au personnage de Jeanne d’Arc, accepte et prend le train pour l’Espagne. Finalement le duel à lieu à Hendaye sans résultat.

Il faut cependant distinguer la conception de la majorité des catholiques pour qui Jeanne d’Arc est en même temps l’emblème de leur foi mais aussi, rejoignant Michelet sur ce point, la petite gardienne de moutons qui a défendu vaillamment la patrie. Ainsi Monseigneur Ricard, vicaire général de l’archevêque d’Aix-en-Provence écrit en 1894 : « Exaltez, en la personne de Jeanne, le patriotisme chrétien, afin de protéger la France contre les alliances qui la menacent ». Cette conception s’exacerbe avec les affaires Dreyfus et Thalamas dans les mouvements nationalistes qui remettent en cause la République et font de Jeanne d’Arc leur étendard. Pour les nationalistes, Jeanne d’Arc est la France mais pas n’importe laquelle, pas celle des juifs, des libre-penseurs, des intellectuels, des protestants, des socialistes, ni bien sûr celle des étrangers fraîchement naturalisés ; ils évoquent une France définie par ses origines rurales et catholiques, dont Jeanne d’Arc est pour eux un modèle.

Édouard Drumont, à la suite des écrits d’Henri Martin, tente en 1904 dans une réunion publique de définir Jeanne d’Arc sur des critères ethniques déclarant :

« C’est une Celte, Jeanne d’Arc, qui sauva la patrie. Vous connaissez mes idées […] et vous savez de quel nom nous appelons l’ennemi qui a remplacé chez nous l’Anglais envahisseur du XVe siècle… Cet ennemi s’appelle pour nous le Juif et le franc-maçon. »

Il conclut son intervention par un sonore « Vive la France ! Vive Jeanne d’Arc ! ».

 

Jeanne d’Arc
 Jeanne d'Arc
Surnom La Pucelle
Naissance 5 ou 6 janvier 1412
Domrémy
Décès 30 mai 1431 19 ans)
Rouen
Origine Lorraine
Allégeance Royaume de France
Service 1428 – 1430
Conflits Guerre de Cent Ans
Faits d’armes Siège d’Orléans
Bataille de Jargeau
Bataille de Meung-sur-Loire
Raid sur Reims
Bataille de Patay
Famille Fille de Jacques d’Arc, 5 frères et soeurs dont Jean et Pierre
Image : Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII, toile de Dominique Ingres (1780-1867)

Dès 1884, et bien avant que Jeanne ne devienne une icône nationale, le député radical de l’Aveyron, Joseph Fabre, propose la création d’une fête annuelle de Jeanne d’Arc, à laquelle il donne le nom de « fête du patriotisme ». Il propose la date du 8 mai qui correspond à la date anniversaire de la libération d’Orléans. Ce projet est soutenu et voté par environ 250 députés y compris par un certain nombre de parlementaires nationalistes dont Paul Déroulède. Le projet sera refusé par le Sénat. En 1894 Joseph Fabre, devenu sénateur, revient à la charge et obtient l’appui du président du conseil Charles Dupuy. Le Sénat vote le projet mais pas la Chambre des députés. Aux débuts de la Grande Guerre c’est le leader de la droite nationaliste, Maurice Barrès, député et chantre de l’Union Sacrée, qui relance la proposition en déposant en décembre 1914 un nouveau projet de loi. Pour lui l’institution d’une fête de Jeanne d’Arc est nécessaire. Il écrit ainsi : « Son culte est né avec la patrie envahie ; elle est l’incarnation de la résistance contre l’étranger ». Président de la Ligue des patriotes après la guerre, il revient à la charge et tente une habile synthèse entre les divers concepts entourants le personnage de Jeanne.

« Chacun de nous peut personnifier en elle son idéal. Êtes-vous catholique ? C’est une martyre et une sainte que l’Église vient de mettre sur les autels. Êtes-vous royaliste ? C’est l’héroïne qui a fait consacrer le fils de saint Louis par le sacrement gallican de Reims… Pour les républicains c’est l’enfant du peuple qui dépasse en magnanimité toutes les grandeurs établies… Enfin les socialistes ne peuvent oublier qu’elle disait :
"J’ai été été envoyée pour la consolation des pauvres et des malheureux."
Ainsi tous les partis peuvent se réclamer de Jeanne d’Arc. Mais elle les dépasse tous. Nul ne peut la confisquer. »

Le projet est voté le 24 juin 1920 soit à peine plus d’un mois après la canonisation de Jeanne par le pape Benoît XV. En s’affichant publiquement, par la présence d’élus où de diplomates, aux diverses cérémonies de canonisation de Jeanne, la majorité du bloc national d’après-guerre montre la volonté d’un rapprochement avec le Saint-Siège, lequel prend une tournure officielle en 1921.

A Orléans le 8 mai 1929, pour le 500e anniversaire de la libération de la ville, l’Église catholique organise une vaste célébration religieuse à laquelle Gaston Doumergue, président de la République et protestant, assiste officiellement. C’est la première fois qu’un président de la République assiste officiellement à une messe depuis la séparation de l’Église et de l’État de 1905. Cette fonction de rassemblement explique qu’en règle générale chacun des présidents de la république se rend au moins une fois lors de son mandat à Orléans afin de prononcer un discours autour des thèmes de l’unité nationale, de la solidarité entre Français.

Cependant la droite nationale tente de monopoliser le personnage de Jeanne surtout après la condamnation de l’Action Française par le pape en 1926. Il lui est facile de faire le parallèle entre Jeanne d’Arc, anathématisée par une Église ignorante en son temps, et sa propre situation. Toutes les ligues de l’époque se réclament de Jeanne d’Arc, le Faisceau de Georges Valois, les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger, les Croix de Feu… En 1938 les membres des diverses ligues dissoutes défilent à la fête de Jeanne d’Arc avec leurs étendards.

Sous la Révolution nationale du Maréchal Pétain c’est moins celle qui a combattu l’envahisseur qui est célébrée que Jeanne la terrienne, bonne catholique et surtout anglophobe. Ainsi Robert Brasillach écrit dans Je suis partout du 12 mai 1944 :

« Jeanne appartient au nationalisme français dans ce qu’il a de plus réaliste, de plus profond et de plus attaché à la terre. ».

Et il oppose cette dernière au « complot judéo-maçonnique ». Lors de l’année 1944, au plus fort des bombardements alliés, un tract distribué lors de la fête de Jeanne d’Arc proclame : « Pour que la France vive il faut comme Jeanne d’Arc bouter les Anglais hors d’Europe ». Une affiche de propagande collaborationniste met en parallèle le bûcher de Jeanne d’Arc et le bombardement de Rouen par la RAF: "Les assassins reviennent toujours sur le lieu de leur crime". Certes Jeanne est aussi évoquée dans les rangs de la Résistance par les œuvres d’Aragon ou de Jules Supervielle mais elle semble devoir estampiller toutes les manifestations de l’extrême droite nationaliste et colonialiste après la guerre. Le général Weygand va créer une Alliance Jeanne d’Arc, à laquelle participe André Frossard, qui cherche à faire de Jeanne une championne de l’Algérie française. Le député maître Biaggi, antigaulliste notoire, lance à l’Assemblée nationale le 15 octobre 1959 : « Quand Jeanne d’Arc boutait l’Anglais hors de France, ce n’est pas à l’autodétermination qu’elle faisait appel ».

Aujourd’hui, le mouvement politique Union de la Droite Patriote que dirige depuis sa fondation Alexandre de Juziers, revendique l’héritage historique, philosophique et politique de Jeanne d’Arc et en a fait sa figure de proue pour son sixième congrès du Lundi 1° janvier 2007.

http://www.jeanne-darc.com/

Alexandre de Juziers ,

Secrétaire Général de l’Union de la Droite Patriote 

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