Le P.R.N.S, dernière forme des Jeunesses Patriotes qui se défait en 1940

La victoire du nouveau Cartel des gauches aux élections de 1932 provoque, comme en 1924, un regain d’activité des ligues d’extrême droite et, comme alors, leur agitation semble être instrumentalisée par la droite parlementaire pour récupérer le pouvoir. La vieille Action française et ses Camelots du roi, créés lors de l’affaire Dreyfus, jouent un rôle essentiel dans l’exploitation de l’affaire Stavisky et dans la lutte contre le régime. Paradoxalement, alors qu’ils sont peu dangereux dans les faits – par leur idéologie monarchiste, par le refus de Maurras, leur chef, de se lancer dans l’aventure et par le lent déclin de leurs troupes depuis leur condamnation par le Vatican -, ils sont menaçants par la diffusion de leur corpus idéologique dans de larges fractions de l’opinion conservatrice. Cependant, plus dangereuses encore sont les Jeunesses patriotes, créées en 1924, dont les troupes sont bien plus nombreuses et, surtout, dont les chefs (Pierre Taittinger, etc.) sont étroitement liés à la Ligue des patriotes et à la Fédération nationale catholique, qui jouent le jeu électoral et ont des représentants au conseil municipal de Paris. C’est là que l’on peut trouver trace d’une instrumentalisation des événements par les conservateurs, en particulier par la vénérable Fédération républicaine, le grand parti de la droite modérée qui se radicalise en 1934. En outre, cette " respectabilisation " des Jeunesses patriotes peut expliquer que les plus activistes des militants d’extrême droite n’y trouvent plus leur compte et fournissent des troupes à des ligues plus groupusculaires et éphémères, comme la Solidarité française de l’industriel François Coty ou le francisme de Marcel Bucard (créés tous deux en 1933). Enfin, les Croix de feu du colonel de La Rocque font le lien avec les anciens combattants. Leurs 80 000 membres comprennent la Ligue des volontaires nationaux et leurs troupes de choc, les " dispos ". Leur idéologie est celle d’un " christianisme social patriotique " ; ils se convertiront en Parti social français après leur dissolution en 1935, revendiquant 600 000 adhérents, ce qui en faisait le plus gros parti de droite.

Au milieu des années 30, on assiste en effet à plusieurs tentatives de mise sur pied par des groupes de droite d’organisations de type « confédéral ». Elles empruntent peu aux ligues des années 1920, comme l’Action Nationale républicaine, coalition essentiellement formée de groupes dirigés par les parlementaires. Mais le Front national (créé en 1934) ne dépassa jamais le stade d’organe de liaison entre les ligues déclinantes. Quant au Front de la liberté (créé en 1937), composé essentiellement de la Fédération républicaine et du Parti populaire français, il ne fut qu’une tentative pour freiner l’ascension du Parti social français du colonel de La Roque.

Les Jeunesses Patriotes sont fondées en 1924 par Pierre Taittinger, ancien combattant, député élu du Bloc National et admirateur déclaré de la droite à l’italienne. Leur structure, comme celle des autres mouvements de ce type, s’articule autour du chef disposant de tous les pouvoirs (définition des orientations et du programme, nomination des membres du conseil, détermination du genre, du lieu et du moment des manifestations, etc.) et à qui l’ensemble des membres doivent jurer fidélité. Taittinger veut défendre la cause pour laquelle il s’est battu avec ses comparses poilus durant la Première Guerre mondiale, dont les grands idéaux de liberté et de Nation. Ainsi, l’arrivée au pouvoir du Cartel des Gauches constitue selon lui la menace inacceptable du début de la réalisation des projets communistes en France. Le premier article des statuts de la ligue est suffisamment clair à cet égard: "[les Jeunesses Patriotes sont] un groupement de citoyens français pour la défense du territoire national contre les dangers de la révolution intérieure […]". Les Jeunesses Patriotes recrutent beaucoup au sein des milieux d’étudiants qui sont en mal d’action et rêvent de faire bouger les choses. Elles comptent ainsi, en 1926, près de 65 000 membres.

Pour le Parti Républicain National et Social, successeur des Jeunesses Patriotes et dernier descendant direct de la vieille Ligue des patriotes, les dernières années de la III[e] République sont des années de décomposition. Mis en échec dans ses tentatives d’unification des droites au travers du Front national puis du Front de la Liberté, le parti de Taittinger ne réussit pas plus dans sa stratégie de contournement du colonel de La Rocque. L’humiliation de Munich confirme la mort d’un nationalisme de défense sociale compromis par des campagnes pacifistes fortement teintées de sympathies pour les régimes fascistes. Profondément divisé entre les tenants d’une voie parlementaire passant par l’alliance avec les radicaux et ceux d’une Révolution Nationale inspirée de l’exemple des pays voisins, le PRNS comme la LDP se sabordent en juin 1940 sans laisser de successeurs.

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